Chapitre 3 :
"L'âge adulte, ou la Communauté de l'Espoir"

Comme le disait le poète Alexandre I : "Comme Lorndor semble grand pour qui n'a pas de clan !". Sandoval sentait le goût amer des regrets se mêler à la douce saveur de la liberté. Mais il s'interdisait de telles pensées, suivant une fois encore à la lettre les conseils paternels (et éternels) : "Les regrets, c'est bon pour les elfes !". Il se demanda quand même si, finalement, son père n'était pas un petit plaisantin, car toutes ses maximes n'avaient apparemment aucune logique ! Et pour la première fois, le tauren sentit poindre en lui une pointe de sagesse. Et ce n'était pas si désagréable ! Il se promit de réessayer la prochaine fois qu'il penserait…

Chemin faisant (animal de la famille des faisanidés, très couru en période de chasse), il se retrouva corne à corne avec des taurens armés jusqu'aux dents, quittant leur château de clan et partant dans de sinistres mugissements vers de sombres agissements. Il se trouvait en effet dans une zone regroupant de nombreux palais abritant de puissants clans de la Horde. Il décida d'aller y chercher de la compagnie : certains de ses frères partageaient-ils sans doute ses idées pacifiques… Sandoval avait balayé ses idées noires et il avait repris espoir à la vue de ses frères !

Il s'approcha de la bâtisse la plus proche, une forteresse renforcée d'os et de crânes, dans le plus pur style mort-vivant de la période dite "de l'arche immonde". Il n'avait d'ailleurs jamais compris la raison de cette appellation, d'autant que la vieille sorcière qui l'avait éduqué lui répondait à chaque question : "Mais tu le fais exprès, ou quoi ?" (ce à quoi il répondait qu'il ne s'appelait pas Oukoi, mais Amos)... Sur le perron, il vit l'arche, mais elle n'était pas immonde… Par contre, à terre il y avait un tas d'immondices : il conclut qu'il s'agissait bien d'une construction undead, mais il déplora que les traditions se perdent ainsi, même chez les revenants.

Il cogna fortement à la porte… Celle-ci s'ouvrit aussi fortement… La première chose à en sortir fut une forte odeur de mort… Puis un temps mort, fort long... Ensuite arriva un guerrier décharné, mais fortement armé… Sandoval leva la main… Le mort-vivant leva la main… Sandoval ouvrit la bouche pour dire "Grumpf !"… Le mort-vivant ouvrit la mâchoire pour dire "Argh !" (ce qui, en langage local, signifie "A mort !")… Et une pluie d'os s'abattit sur le tauren ! Heureusement, aucun autre revenant n'était venu lui prêter main forte, et il fut laissé pour mort devant le palais, sa vie ne tenant plus qu'à un fil…

Il fut sorti de sa torpeur par un petit picotement. Il ouvrit difficilement les yeux, rassemblant ses dernières forces, et il aperçut péniblement dans la lumière la silhouette d'un petit être frêle aux oreilles pointues qui le tâtait de son bâton, apparemment pour vérifier son état. Sandoval tendit la patte vers le jeune elfe, se rappelant les légendes sur la noblesse de ces créatures, et bégaya un petit "Grumpf…". L'elfe sembla comprendre tout de suite la gravité des blessures du tauren et commença immédiatement une incantation magique. Il semblait si jeune et inexpérimenté : maîtrisait-il déjà les sorts de soin ? La réponse ne se fit pas attendre : non ! De ses mains jaillirent des flammes… qui s'abattirent à quelques mètres de là ! Sandoval se remémora alors l'apprentissage de ses premiers sorts, la difficulté de concentrer la puissance magique sans se déconcentrer soi-même… Par chance, cet elfe était un débutant et par deux fois il échoua. Malheureusement, il décida d'achever la bête à coup de bâton.

Mourir... et renaître, une 5ème fois ! Mais Sandoval ne s'y habituait pas, d'autant qu'il était déçu par ses frères de la Horde, vivant reclus dans leur palais et attaquant quiconque passait à proximité sans chercher à connaître les intentions des voyageurs. Déçu aussi il était par les races de l'Alliance qui, sous couvert de bons sentiments, de justice et de survie, se comportaient exactement comme leurs ennemis. Plus jamais il n'accepterait qu'on lui dise que seuls ses frères de la Horde étaient des bêtes sauvages et sanguinaires ! Il en est, certes, et forts nombreux… mais de toutes les races !

Au bout du chemin se trouve... la fin du chemin !

Il repris sa route et se dirigea vers les lointaines contrées du sud, désirant trouver l'endroit le plus reculé qui soit, loin des combats. Il traversa les plaines sanguinaires, dans lesquelles se déversent chaque jour des torrents de créatures belliqueuses venues de leur royaume (pour en être réexpédiées souvent aussitôt). Il décida de longer la rivière pour se laver du sang qui, de toutes parts, l'éclaboussait. Il dut ensuite se frayer un chemin entre les différentes forteresses qui se dressaient devant lui, fermement décidé cette fois-ci à ne frapper à aucune porte. Elles étaient si nombreuses qu'il était pratiquement impossible d'en éviter une sans s'approcher d'une autre ! Il ne se sentait pas le bienvenu : certains lui jetaient des regards noirs… et d'autres des sorts ! Se soignant tant bien que mal, entrant dans le vif du sujet quand il était nécessaire, transperçant les créatures agressives plutôt que de les contourner, Sandoval continua sa route dans le soleil couchant, s'éloignant le plus possible de toute civilisation…

Ce n'est qu'au petit matin, avec la lumière revenue éclairer les terres, qu'il découvrit non loin vers le sud-ouest une plaine qui semblait déserte. Aucun palais à l'horizon… Ni rumeur de bataille, ni fracas des armes… Simplement de grands oiseaux qui tournaient en rond… Il s'y engagea d'un pas ravi et décidé. Et effectivement, le lieu était inoccupé, calme et vide. Ou plutôt "vidé" : de nombreux cadavres jonchaient le sol et les oiseaux n'étaient autre que des vautours terminant les restes !

Des cadavres ? Des Undeads ? Ou les deux mélangés ?

Qui plus est, de grandes barres rocheuses empêchaient toute progression vers le sud et l'ouest, signifiant la fin des terres du Lorndor. Cet endroit était un vrai cul-de-sac. Et il avait été mis à sac récemment… Pourtant, malgré l'odeur des corps et le sombre décor, son aspect sauvage plut tout de suite à Sandoval, qui décida de s'y établir. Il commença par construire une cabane, ce qui lui rappela son enfance dans les bois, comme le lui avait si bien appris son père. Il partit ensuite inspecter les environs et croisa quelques voyageurs solitaires qui, à sa grande surprise, ne l'attaquèrent pas sans chercher qui il était. Il se présenta ainsi aux quelques occupants voisins, les rassurant sur ses intentions pacifiques et les informant de son intention d'aménager un village dans le sombre renfoncement qu'il avait découvert. Il apprit qu'il s'agissait des ruines d'une forteresse undead et qu'après leur défaite ceux-ci étaient partis bien plus au nord pour s'établir, à plusieurs clans, près de leur royaume, trop souvent attaqué.

Ainsi fut posée la première poutre de ce qu'il espérait devenir un refuge paisible, prouvant qu'une société pacifique pouvait se développer parmi la Horde. Une civilisation regroupant les meilleurs travailleurs et inventeurs, artisans et artistes, à corne ou sans corne : la Communauté de l'Espoir pouvait naître ! Sur les ruines de la mort, il rebâtirait la vie. Le clan HOPE était né !

Il faut dire qu'après avoir été banni, la vie dans son village en Karrog Nur lui avait tant manqué, et il espérait ainsi la retrouver. Mais surgissant lui aussi du passé, un autre nom se rappela à sa mémoire : Hope… Hope Sandoval…

La vie trouve toujours son chemin... parmi la mort !

Chapitre 4