Chapitre 2 :
"L'adolescence, ou l'éveil en Lorndor"

Sandoval traversa les vastes étendues qui l'éloignaient de son village natal et le rapprochaient un peu plus du territoire des orcs, un peuple qu'il savait allié des taurens selon d'anciennes légendes, et où il espérait trouver un peu de fraternité. Néanmoins n'en avait-il jamais aperçu un seul, et il ne connaissait d'eux que leur réputation de forts guerriers. Peut-être même aurait-il la chance de croiser un troll, une créature dont il adorait les tours malicieux dans les histoires d'enfance !

Après une longue trotte, à la nuit venue, il s'enfonça plus profondément dans la forêt pour y trouver refuge, suivant à la lettre la recommandation que lui avait faite son père, tout comme lui grand protecteur de la nature : "Si tu cherches un abri côtier, va sur la côte… Si tu cherches un abricotier, va dans le jardin… Mais si tu cherches un abri sûr, va dans la forêt lointaine, où l'on entend le coucou…". Autour de lui, les animaux se faisaient de plus en plus rares et il se sentait vraiment dans un autre monde. Néanmoins, malgré le silence inhabituel et inquiétant des hôtes de ces bois, il s'endormit paisiblement…

Un ange au portail  

Sa nuit fut courte et ses rêves mouvementés, peuplés de rires moqueurs, de craquements de cervicales et d'incantations magiques maintes fois répétées… mais aussi d'une étrange construction : une sorte de porte, transparente, surmontée de deux cornes (bien que ce détail lui paraisse tout à fait naturel !) dégageant une aura magique qui l'attirait.

Et, se tenant devant les deux cornes, une femme. Une femme, ou plutôt un ange, avec de grandes ailes dans le dos. Un ange, ou plutôt une personne connue, un visage entraperçu il y a peu de temps... peut-être... Hope Sandoval ! A peine l'eut-il reconnue qu'elle lui fit signe de se taire, posant un doigt sur sa bouche voulant dire "chut...". Ceci lui rappela son enfance, quand sa mère faisait le même geste pour lui signifier l'heure de dormir, tout en lui disant "Maintenant, le silence... et dors !". Sandoval n'a jamais compris pourquoi mais cette phrase faisait toujours rire son père, (soit-disant s'agissait-il d'un vieux dicton...) qui, de plus, répondait par une autre phrase énigmatique : "Et plus long sera le chut, plus profond sera le sommeil".

Mais pendant qu'il se remémorait son enfance, l'ange avait disparu et seul restait le portail, brillant d'une mystérieuse attraction. Et au moment-même où il rêvait qu'il approchait sa main de cette "porte"… qu'il l'enfonçait sans douleur au travers de l'aura transparente… qu'il la traversait de tout son être… il se réveilla en sursaut !

Il oublia vite son rêve car il faisait déjà jour et, à entendre la rumeur environnante, le bois et ses occupants s'étaient réveillés aussi. Mais le premier être qu'il rencontra ne lui laissa pas l'occasion de demander où il se trouvait : il le massacra à grands coups de marteau, avec une telle furie qu'il semblait avoir attendu toute une journée pour s'acharner ainsi sur sa cible !

Fin de l'histoire ?
Ca aurait dû être le cas… Pourtant Sandoval se réveilla à nouveau, en vie et en pleine forme ! Juste un léger mal de crâne avec un bruit résiduel de tambour. Une puissante voix de tauren lui dit :
"Allez, debout, tu retournes au combat !
- Parnmourn, est-ce toi qui m'accueilles ? Ce portail dans mon rêve, était-ce le chemin ?
- Grumpf ! T'es nouveau toi. Laisse-moi t'expliquer… Tu n'es plus en Karrog Nur : ici, tu es en Lorndor, le Pays des Songes. Et en Lorndor, tu dois te battre aux côtés des tes frères de la Horde contre les races de l'Alliance ! Mais rassure-toi, désormais tu es immortel…"

Ainsi Sandoval découvrit la triste réalité de ce territoire maudit où rien n'est Ordre, Calme, ni Volupté, mais où tout est Horde, Mal et Cruauté ! Il avait connu sa première mort : il était baptisé ! Il connut ensuite de nombreux combats contre ces créatures qu'il croyait n'exister que dans les contes pour taurinettes : gnomes, nains, humains, elfes… Il croisa des grunts et des trolls, en tout point fidèles à l'image qu'il s'en était faite, mais aussi des morts-vivants (ce qui, après sa résurrection, ne l'étonna plus guère) se battant à ses côtés, ou plutôt de tous côtés ! Il lutta longtemps pour sa survie, ne sachant pas ce que la mort pourrait lui prendre la prochaine fois…

Ce semblant de fraternité entre membres de la Horde lui apparut comme le seul réconfort sur ces terres. Et surtout le seul point de repère donnant un sens à son désir de survivre. Mais d'autant plus cruelle fut la désillusion quand il fut trahi par un de ses propres frères de sang ! En effet, au sortir d'une auberge mal famée (mais fameuse !), alors qu'il ne prenait garde, il fut frappé dans le dos, sans avoir le temps de se retourner pour voir son agresseur… Mais son ombre à deux cornes dénonçait le traître (ainsi que son odeur bien trop familière…) !

A sa deuxième résurrection, Sandoval se rappela que le tauren qui l'avait éclairé sur sa situation dans ce monde de ténèbres lui avait aussi suggéré d'entrer dans un clan. Il lui avait parlé de son chef, un fier guerrier grunt ("Un des dix meilleurs de tout Lorndor !" avait-il ajouté) qui cherchait à rassembler autour de lui des créatures et à créer un repère commun dans lequel elles pourraient vivre libres et solidaires.

Il retrouva la trace de ce clan et décida d'y entrer pour faire cause commune avec ses membres. Désormais, ses combats avaient un nouveau sens : coopérer, s'aguerrir et construire ensemble un château pour sa nouvelle "famille d'infortune". Chose étrange tout de même : il croisa dans ce clan quelques représentants des races de l'Alliance… N'étant pas de nature foncièrement hostile aux créatures "différentes" (qui plus est après la récente trahison d'un de ses frères de sang), il découvrit qu'il était parfois possible de communiquer avec elles… voire peut-être de coopérer… Tout en se tenant toujours sur ses gardes !

Ainsi était-il partagé entre deux sentiments contraires : une rage adulte d'exterminer ces races "historiquement" ennemies et une curiosité enfantine de les découvrir. Après tout, il était en pleine crise d'adolescence…

  Moi ils m'ont l'air accueillants...

Mais Sandoval n'eut pas le temps de réfléchir comme il le souhaitait (ou plutôt "autant qu'il en avait besoin pour un tauren") à cette nouvelle situation. Un clan ami avait besoin d'aide : son château était assiégé ! N'écoutant que son sens de l'honneur (la réflexion avant l'action n'étant d'ailleurs pas une des caractéristiques marquantes de sa race), il partit sur le champ… de bataille. Là, quelle ne fut pas sa surprise en découvrant que le général en chef des défenses, sous les ordres duquel il allait combattre, n'était pas un homme mais une femme elfe. Oui, vous avez bien entendu : c'était une… une… elfe !

Et malgré la défaite, en dépit d'une défense acharnée devant un ennemi en très grand surnombre, le premier pas vers la découverte de l'autre venait d'être franchi. Il faut dire qu'une guerre, ça rapproche, surtout quand on la perd ! Ainsi, cette troisième mort lui parut un peu moins violente que les autres. Ou, en tout cas, plus justifiée car au service d'une noble cause de défense de l'équilibre (quels qu'aient été les véritables origines de ce conflit, qui le dépassent grandement encore aujourd'hui…). Voulant poursuivre dans cette "découverte" des peuples de l'Alliance, qui néanmoins restaient pour le plupart des ennemis naturels, Sandoval essaya d'approcher les rares créatures qui semblaient ouvertes au dialogue. Tout en éliminant sans pitié celles qui restaient fermées à la connaissance des peuples ! Ces échanges avec l'Alliance furent très peu fréquents et on peut aujourd'hui encore les compter sur les doigts de la patte, qu'il s'agisse d'une coopération intellectuelle concernant une quête ou à nouveau la défense d'un château injustement assiégé… Par contre, le soutien apporté entre membres de la Horde était, lui, grandissant, pour peu que l'on sache rester à l'écart de certains individus douteux, et cela était d'un grand réconfort.

De ces expériences, une idée faisait son chemin dans l'esprit tourmenté de Sandoval. Une idée, ou plutôt un sentiment qui avait toujours été présent en lui, depuis le début : quelle était, en effet, sa motivation à rester en vie sur Lorndor ? Viscéralement, notre cher tauren aspirait à vivre en paix dans la nature créée par Parnmourn. Et intérieurement, il rêvait aussi de retrouver un semblant de la famille qui lui manquait tant. Ou du moins un village dont il ne serait plus banni et dans lequel il pourrait assumer le rôle pour lequel, comme son père, et comme le père de son père avant lui, il était destiné depuis son plus jeune âge. Ainsi, puisque la paix totale et définitive avec l'Alliance lui paraissait impossible, envisagea-t-il pour la première fois de former une communauté avec ses frères de la Horde. Une "famille" unie autour d'un même besoin vital : trouver en Lorndor un lieu de paix, loin de tout combat et où pourrait se développer un esprit de fraternité pour que chacun puisse approfondir ses capacités particulières. Un lieu loin du mépris et de la peur affichés injustement par les races de l'Alliance à l'encontre des membres de la Horde.

Et pour cette raison, Sandoval quitta, non sans remords, le clan dans lequel il avait tant appris et il partit à la recherche d'un territoire reculé qui pourrait représenter l'Espoir pour ceux de la Horde qui, comme lui, cherchaient un refuge…

Chapitre 3