Chapitre 1 :
"L'enfance, ou la naissance d'un nom"

Autrefois, Sandoval se nommait Amos, ce qui dans sa langue signifie "Grand protecteur des animaux à cornes des contreforts de la forêt bordant la rive sud du lac Sandoval" (en effet, à l'image de leur espèce, la langue des Taurens s'exprime avec beaucoup de force et peu de mots : tout est dans l'intonation...).

Il faisait la fierté de son village, jusqu'au jour où un jeune tauren ayant quelques problèmes de prononciation (et une corne en moins, mais ceci est une autre histoire...) l'appela "Amos...". Pour une oreille non tauren, rien d'étonnant à cela… Mais, dans sa façon involontairement insistante et peu assurée de prononcer son nom, le jeune tauren venait ni plus ni moins de lui manquer de respect ! Même s'il n'avait aucunement l'intention d'offenser le fier guerrier, c'est en tout cas ce que tout le village entendit, ce qui provoqua l'hilarité générale ! Fortement vexé, Amos tourna les sabots et gagna sa forêt, prétextant avoir entendu un cerf bramer au fond des bois… Il passa la nuit à contenir sa rage, ne pouvant taper sur aucun arbre ni sur aucun animal par respect pour la nature. Il rentra au petit matin dans son village, qu'il espérait désert à cette heure…
Vue du lac Sandoval (Pérou)

Mais c'était l'heure de l'enseignement chamanique pour les jeunes du village : il ne pouvait le savoir, lui qui n'y était jamais allé, car destiné dès son plus jeune âge à devenir un protecteur de la forêt (comme le fut avant lui son père Vamos, et le père de son père Samos, et ainsi peut-on remonter jusqu'à la nuit des temps ou l'aube de la création selon l'heure de la journée…). Les jeunes taurens, en plein âge bête (ndlr : bien que, étant des bêtes par nature, chez les taurens l'âge bête dure tout la vie..., et perdure même dans la mort paraît-il !), donc les jeunes taurens l'aperçurent et se mirent à se moquer de lui. Il en est même un qui, ayant trop écouté d'histoires sur le malicieux petit peuple des gnomes, lui jeta la première pierre. Laissant exploser toute la rage qu'il contenait depuis la veille, Amos gifla le jeune imprudent si fortement que le craquement de ses cervicales fit rider la surface du lac Sandoval, d'ordinaire si calme et si lisse, à plusieurs lieues de là…

Cette tragédie ne lui fut jamais pardonné, et Amos fut banni de son village. Il se réfugia dans la forêt et s'enfonça dans une grotte secrète que lui seul connaissait, et dont l'entrée se trouvait derrière la cascade qui nourrit le lac Sandoval. "Que lui seul connaissait…", rien n'était moins vrai, car il tomba naseau à naseau avec une vieille tauren qu'il reconnut aussitôt : "La sorcière… La vieille sorcière des histoires de mon enfance !". Et juste avant d'être écrasée par un poing géant et vengeur, la vieille bête eut le temps d'expliquer les raisons de sa présence dans cette grotte et les intentions amicales qu'elle avait à l'encontre d'Amos, qu'elle avait souvent pu observer dans la forêt et qu'elle considérait comme le phœnix des hôtes de ces bois (phrase qu'elle fit d'ailleurs passer pour sienne, connaissant le peu de culture générale de son impromptu mais néanmoins bienvenu visiteur). En effet, comme vous le savez maintenant, la langue tauren est à ce point condensée et expressive qu'il suffit à la sorcière d'un seul mot correctement prononcé pour y placer tout ce sens : "Stop !".

AMOS : Hé, Tori, regarde, un oiseau mort ! - TORI : Où ça ?

L'histoire de la sorcière est simple et, en certains points, proche de celle d'Amos : autrefois, peu avant sa naissance, elle appartenait à son village. Elle se prénommait Tori et était plus connue sous le nom de "Tori la Tauren" ou "Tori la magicienne". Elle était en effet la plus douée de sa tribu en magie et elle devint très vite la shaman du village. Mais un jour, le père d'Amos découvrit que pour progresser dans sa maîtrise de la magie du feu (elle avait par hasard découvert un parchemin de "météore" mais elle n'avait pas auparavant étudié le tutorial de Kromack précisant que cette trouvaille fixerait son école de magie, car elle aussi pratiquait souvent l'école buissonnière, en bonne créature des bois…). Tori s'exerçait sur certains animaux qu'elle jugeait "inutiles ou voués à disparaître" car ne possédant pas une puissante paire de cornes : les unicornes, les bêtes à 3 cornes, les escargots, et accessoirement les elfes sylvains… Son manque de respect envers la nature (elle fut bien sûr pardonnée pour les elfes…) lui valut d'être bannie du village. Elle se vengea en brûlant vif le père d'Amos, Vamos, à la plage du lac alors qu'il sortait de son bain annuel, ce que bien sûr elle ne révéla pas au jeune tauren qui se tenait face à elle.

A Tori, Amos assura compagnie et protection. A Amos, Tori apprit l'art de la magie, ce qui fit de lui un équilibré. Elle lui conseilla aussi de changer de nom, et il prit naturellement celui du lac qui l'abritait : Sandoval.

Mais, pour effacer toute trace de son passé et partir librement, Sandoval inventa une fausse origine à son nom. Il prétend à qui veut l'entendre (et peut le comprendre surtout…) qu'une sorcière lui a jeté une terrible malédiction : attiré par une voix envoûtante qui chantait le soir au fond des bois, il s'était approché tout près d'un campement humain et découvrit une jeune femme elfe qui chantait devant une foule ébahie. Elle se nommait Hope Sandoval… Mais son odeur bovine le trahit, car il était placé contre le vent (une erreur de jeunesse qu'il s'est juré de ne plus commettre) et les humains, comme à leur habitude, prirent peur. Et cette peur se transforma naturellement chez eux en violence. Les hommes lui jetèrent des pierres (ndlr : comme les jeunes taurens du village, comme quoi le mensonge est plus solide quand il est tissé de petites vérités), les femmes lui jetèrent des regards noirs, et une petite femme gnome, du nom de Mazzy Star, lui jeta… un sort pour soit-disant "le rendre bon" (et un sort qui rend les "gens bons", c'est un comble pour un tauren !) : il tomberait immédiatement amoureux de la première créature qu'il verrait ! Par malheur, il ne quittait pas des yeux la chanteuse elfe, la seule à ne pas être effrayée et à lui avoir souri. Et bien qu'elle fut d'une nature horriblement elfique, il succomba instantanément à son charme. Mais cet amour pour Hope Sandoval était contre nature et sans espoir. Et puisqu'il ne pourrait jamais l'oublier, il décida de prendre son nom, mais abandonna tout espoir : désormais, il s'appellerait Sandoval

Chapitre 2