Préambule :
"La création, ou l'origine d'un symbole"

Cette histoire prend forme sur les rives d'un lac oublié au nord de Karrog Nur, le "Pays de la Horde Sauvage", en plein territoire Tauren, et ce bien avant la découverte du Lorndor et la confrontation massive des différents peuples.

Comme toute création divine, ce lac n'avait, à l'origine, aucun nom... Les Dieux du Lorndor ont en effet autre chose à faire qu'inventer des mots pour chaque chose : n'ont-ils pas pour cela attribué un langage à leurs créatures ? Certains prétendent que ce serait par manque d'originalité (blasphème qui, d'ordinaire, coûte la vie à quiconque ose le penser...). D'ailleurs, pourquoi s'évertuer à créer une éthymologie divine puisqu'à l'usage tous les lieux de la Création seront nommés différemment dans chaque royaume ! Sans parler des différents dialectes... Non, pour être enfin désigné, ce lac devra comme tous les autres attendre qu'un événement marquant se produise en ces lieux ou qu'une légende y élise domicile.

  La fameux (et fumeux) lac sans nom...

Il est à noter qu'il en a toujours été ainsi pour la plupart des endroits célèbres en Karrog Nur, doux pays aux noms évocateurs, à défaut d'être provocateurs comme en In'mil...
- Citons par exemple la "Grosse Grotte des Grands Grunts Gris" qui, comme son nom l'indique à tous ceux qui savent le prononcer, a longtemps abrité une variété de grunts géants à la peau gris-vert due à une vie aussi caverneuse que leur voix. Il paraît qu'ils s'y installèrent pour miner dans les profondeurs de la terre, après avoir délogé une meute de gnolls qui occupaient les lieux depuis des générations et qui nommaient l'endroit la "Grotte de Chien". Mais depuis la Grande Secousse, personne n'a plus aucune nouvelle de ces grunts...
- Chez nos amis Undead, près du site de Gra, la fameuse "Source du Mâle" a longtemps permis à tout mort-vivant de sexe plutôt masculin, mais fortement émasculé par une résurrection inégalement répartie, de retrouver un regain de vitalité en se plongeant dans ses eaux putrides. Hélas, cette source fut un jour purifiée par le suicide d'un elfe égaré en ces terres qui s'y jeta pour échapper à une mort atroce, et son pouvoir charnel se dissipa au moment même où ce dernier perdit la vie à Gra...
- Autre lieu, autres moeurs : en territoire Troll, un petit village nommé Arsanglan a toujours eu coutume de former les mages les plus facétieux dans le domaine de l'eau. Il est vrai qu'ils profitaient grandement du vaste étang voisin pour leurs expérimentations, et que celui-ci a souvent changé de forme ou même de place au fil du temps, empêchant par là toute cartographie digne de Senon (Senon, grand cartographe Troll qui édifia la première carte de référence de Karrog Nur et dont nous reparlerons sans doute plus tard). Durant de nombreuses générations, les villages voisins, incrédules, nommèrent ce lieu mystérieux la "région où l'étang s'étend"... Le nom définitif ne fut fixé qu'à la découverte de la raison de ces changements fréquents, quand les magiciens de l'eau révélèrent à leurs confrères leurs expériences et que tout le royaume put déclarer, soulagé : "Enfin, le mystère de l'étang d'Arsanglan est levé !".
- Les exemples de ce type sont légions en Karrog Nur, et sans doute en est-il de même en In'mil où Les Monts Ninceste semblent tenir leur funeste nom d'une sombre histoire d'adultère impliquant des nains en pleine sieste. Tout ceci reste bien sûr à vérifier auprès de nos confrères de l'Alliance...

Sombre quand il sombre dans les ténèbres...

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos Taurens, car malheureusement ce petit lac n'était le théâtre d'aucune aventure épique et ne recelait aucune particularité qui aurait pu lui valoir un nom. Seule animation à sa triste surface : une colonie de cygnes y avait élu domicile, et ce depuis la création originelle de ces terres sauvages. Des cygnes, oui, mais des "paons amis" ! C'est ainsi que l'on nommait, à tort, cette variété de cygnes qui, contrairement à tous ceux de leur espèce, ne perdaient pas leur sombre couleur de naissance et ne devenaient pas d'un blanc resplendissant en grandissant. Non, ils naissaient et demeuraient gris. Un gris particulier, très sombre quand il était plongé dans les ténébres, pratiquement incolore quand il était baigné par la lumière du Soleil, et surtout très brillant et argenté sous la clarté de la Lune ! Etait-ce un signe pour ces cygnes ?

Quoi qu'il en soit, les Taurens des environs les ont toujours nommés "Cygnes d'Argent". Une histoire drôle troll (mais n'est-ce pas un pléonasme que de préciser ceci ?) assez célèbre raconte que ces volatiles sont à l'image du peuple qui les entoure. Il s'agit bien sûr d'une plaisanterie sur l'immaturité des taurens, qui demeurent toute leur existence tels qu'ils étaient à la naissance : de grands enfants. Ces derniers ayant un sens de l'humour limité à la première lettre de ce mot (au "h" donc, ou plutôt à "la hache"...), cette plaisanterie haute en couleurs fut à l'origine de nombreux jets de liquide rouge dans les vertes forêts environnantes... C'est ainsi que notre petit lac oublié était simplement appelé le "lac aux cygnes d'argent" (ou "le lac" pour ceux qui n'avaient jamais franchi la terrible épreuve du "quatre mots à la suite").

Mais tout de même, il fallait aux taurens un mot simple pour désigner cet endroit. Disposant d'un large lexique pour décrire la nature, ils choisirent le son "sand", signifiant "cygne" dans leur langue, pour débuter ce nom tant recherché. Malheureusement, ils ne disposaient pas d'un mot pour chaque couleur, et en particulier pour cette nuance d'argent qui caractérisait ces cygnes... Ils voulurent alors utiliser un mot d'origine elfique, sachant que ces derniers étaient "bons en mots" (et à manger, mais ceci est une autre histoire...). Certains partirent donc en quête d'un elfe vivant (condition qu'ils oublièrent souvent en rut, heu... en route), empruntant pour cela l'étroit et terrifiant passage, semé d'embûches et de dangers, menant vers In'mil, le Pays de l'Alliance Eternelle, dont aucun n'était jamais revenu et qui restait un mystère, si tant est que ce passage ait jamais existé ! Cerda seul sait pourquoi : s'enfonçant dans les ténébres de l'extrémité nord de Karrog Nur, ils tombèrent naseau à naseau avec des drows. Croyant que les elfes, tels les cygnes, naissaient noirs et prenaient leur véritable couleur en grandissant, ils pensèrent avoir rencontré les bons interlocuteurs. Ce ne sont pas leurs amis Grunts qui auraient pu les détromper, car ils disent toujours "Les elfes, moi je les vois rouges, pourquoi ?"... Il existe aussi certainement une histoire troll au sujet de cette confusion des Taurens, mais étrangement les Trolls avaient déjà à cette époque renoncé à raconter leurs plaisanteries à leurs voisins, on ignore encore pourquoi... Bref, à partir de cette rencontre s'ensuivirent des années de guerre, comme le veut la coutume de découverte de l'autre en ces terres, jusqu'au jour où un vieil elfe noir fut surpris en sa demeure en train de préparer des poudres colorées. Des guerriers taurens le questionnèrent vigoureusement en lui mettant les poudres colorées sous le nez pour obtenir les traductions tant recherchées. Leur chef, plus instruit que sa meute, compris au bout d'une heure que l'on pouvait obtenir du gris avec du blanc et de noir : il présenta donc successivement ces deux poudres colorées aux restes du vieil elfe, qui n'eut le temps que d'articuler "Ov...", "Al...". En vérité, il tentait de crier "Au voleur ! A l'aide !", mais n'en eut jamais la force...

Mais pour les Taurens, le secret du gris était enfin percé : il suffisait de mêler les sons "ov" et "al", qui désignaient l'ombre et la lumière (ou inversement...) et l'on obtenait ainsi un gris clair-obscur du plus bel effet. Ainsi fut formé le nom du lac : Sandoval. Il est à noter que les elfes n'ont jamais compris le sens de ce mot et la traduction qu'en faisaient les Taurens, car dans leur langue un lac avec des cygnes se dit simplement "Ielfethyp", comme tout le monde est censé le savoir, selon eux...

Chapitre 1